Conférence | Le goût de l'archive

Événement à venir
24 octobre 2019
9h 11h
Misha · 5 allée du Général Rouvillois, Strasbourg | Salle de la table ronde

En 1989, Arlette Farge publie Le goût de l’archive. Elle y décrit ce que tout·e historien·ne a pu vivre en centre d’archives : une relation très intime à nos sources primaires – relation indirecte aux personnages du passé, issu·es des élites ou du peuple -, que l’on s’approprie physiquement – à la fois par la commande et le dépouillement des « boîtes » d’archives – et intellectuellement – par la prise de note. Cette relation intime s’inscrit dans un espace particulier, le centre d’archives. Malgré toutes les différences d’un centre à l’autre, nous y fixons des rites (notre place préférée, notre rythme préféré, etc). Cette relation intime, ces rites, sont des éléments déterminants de notre travail d’historien-ne-s, qui conditionnent pour partie leur interprétation de nos sources et, ainsi, le récit du passé que nous en tirons. Traduit en plusieurs langues, ce livre a eu un succès international rare.

Près de trente ans après la publication du Goût de l’archive , si la numérisation massive des données est, aujourd’hui, très loin de concerner toutes nos sources, si les administrations, entreprises, associations ou particuliers sont encore loin d’une production exclusivement numériques de leurs documents – nos sources futures –, la mise en données des archives présentes et futures avance à très grand pas et bouleverse notre relation à nos sources. De plus en plus, nous consultons non des boîtes de papier commandées dans un centre d’archives, mais des PDFs en ligne, des bases de données constituées par nous, pour nous ou que nous détournons parfois de leur usage d’origine. Nombreux sont les corpus désormais constitués, exclusivement ou non, directement à partir de nos ordinateurs personnels, et, dans certains cas, à partir de serveurs bien plus puissants à même de gérer des quantités inédites de sources. Les séjours en centres d’archives se sont transformés, par l’introduction de nouvelles médiations entre nous et nos sources : celle de l’appareil photo, celle de l’ordinateur et de ses logiciels, très variés, que nous utilisons.

Notre relation aux sources s’en voit nécessairement changée. Si d’autres ouvrages ont déjà abordé cette question, peu l’envisagent sous l’angle qu’Arlette Farge avait donné au goût de l’archive: celui de l’intimité entre les historien·nes et leurs sources, celui du rapport physique et intime aux sources primaires, celui des rites que nous instaurons quand nous visitons un centre d’archives.

L’ouvrage que nous proposons a pour but de se poser la question de l’appropriation par l’historien·ne de ses sources à l’ère numérique. Ont-elles toujours le même goût? Quels sont nos nouveaux rites?

Ce projet est né d’un message ayant rencontré une préoccupation partagée par plusieurs d’entre nous sur un réseau social numérique. Il a aussi pour ambition d’investiguer un mode d’écriture différent, collaboratif, en ligne, connecté, car le livre physique – écrit par Arlette Farge – est lui aussi en pleine mutation.

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Intervenants

Caroline Muller est enseignante chercheuse en histoire contemporaine. Caroline Muller a développé une formation aux questions numériques spécifiquement dédiées aux historiens et historiennes. Elle copilote le projet « le goût de l’archive à l’ère numérique » qui s’interroge sur la place du document d’archive ou de la donnée dans la recherche historique, qui a donné lieu à un livre évolutif en ligne.

Frédéric Clavert est enseignant chercheur au Luxembourg Centre for Contemporary and Digital History (Université du Luxembourg). Frédéric Clavert s'intéresse aujourd'hui aux traces de mémoires de la Grande Guerre sur les réseaux sociaux numériques et prépare une recherche autour des débats en ligne sur l'Union européenne depuis les années 1990 qui se penchera notamment sur l'expression et la diffusion en ligne d'idées sur les oppositions à l'intégration européenne. Il n'utilise aujourd'hui plus que des sources primaires nativement numériques, ce qui l'a amené, avec Caroline Muller, à co-piloter le projet Le goût de l'archive à l'ère numérique."

Mélodie Faury est docteure en sciences de l’information et de la communication, chercheuse en sciences et société, notamment sur les pratiques numériques des chercheur·e·s et sur la réflexivité.

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